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L’Association « Nous voulons des coquelicots » qui se réunit dans la salle du Conseil de la Mairie de Donnemarie-Dontilly, chaque premier vendredi du mois à 18 h, recevait les agriculteurs ce 15 mars.

Jennyfer Favorel, membre de l’association, nous fait part du compte-rendu de cette réunion :

Nous voulons des coquelicots

Échange du 16 mars 2019

44 personnes étaient présentes parmi lesquelles :
Des membres des coquelicots des communes de Donnemarie-Dontilly, Montigny-Lencoup, Gurcyle-Châtel, Thénisy, Savins.
Des représentants de l’agriculture conventionnelle, de l’agriculture de conservation* et de l’agriculture biologique, exerçant sur les communes de Bannost-Villegagnon, Thénisy, Everly, Bazoches-les-Bray, Cutrelles, Gurcy-le-Châtel, Hermé, Chaumes-en-Brie, Mousseaux-les-Bray, Villiers-St-Georges et Lizines (12 agriculteurs au total).
Un élu municipal (Maire de Donnemarie-Dontilly).

Rappel : Qu’est-ce que le mouvement des coquelicots ?

Les membres du collectif font une rapide présentation du mouvement « Nous voulons des coquelicots »:

« C’est un appel lancé en octobre 2018, par le journaliste Fabrice Nicolino dans le but de mobiliser le plus largement possible, les Français contre l’utilisation des pesticides de synthèse.
Il ne s’agit pas d’une manifestation mais d’un mouvement constructif qui a pour but, de générer un changement en profondeur, par le biais de plusieurs actions : rassemblements chaque premier vendredi du mois, événements festifs et musicaux, ou comme ce soir rencontres avec le milieu agricole.
Les informations relayées par les médias sont inquiétantes : si les pesticides tuent la vie, les humains sont aussi concernés. Le glyphosate fait particulièrement parler de lui. »

Préambule
La réflexion de cette rencontre porte sur le monde agricole.
Sébastien Guérinot, Co-président du JA77 (Jeunes Agriculteurs de Seine-et-Marne), lance en guise de préambule, le thème de la dernière assemblée générale du syndicat des Jeunes Agriculteurs:
« plus vert, plus cher, comment faire ? », au sujet de l’évolution des modes de consommation et des attentes respectives consommateurs/producteurs.
Il souligne que les critères sont de plus en plus sélectifs pour le consommateurs, alors que l’acte d’achat n’est pas toujours en accord avec les revendications. A titre d’illustration, la consommation de viande augmente alors que le discours plaide en faveur d’une diminution, et les achats se font davantage en grande surface qu’auprès des petits commerçants locaux.

Quelles attentes de cet échange ?
Les organisateurs recensent les attentes des agriculteurs et agricultrices, vis-à-vis de cette réunion :
• voir la manière dont les pratiques conventionnelles sont perçues ;
• se parler ;
• communiquer de manière directe, sans intermédiaire ou déformation ;
• échanger pour avancer ;
• lutter contre les mauvaises informations qui circulent, et faire comprendre les combats des agriculteurs et agricultrices ;
parler méthodes, sans discours anti-agriculture conventionnelle.

Les points de vue des professionnel·le·s
La parole est donnée successivement aux professionnel·le·s présent·e·s, afin de recueillir leur vision de leur métier.

Selon un agriculteur de Lizines:

« En agriculture conventionnelle, on essaie d’utiliser le moins possible d’engrais et de produits phytosanitaires, d’abord pour des raisons de coût, et de le faire uniquement de façon réfléchie. »
Un agriculteur d’Hermé rappelle:  » l’agriculture biologique est celle de nos grands-parents. La chimie a été introduite au départ, pour répondre à des problématiques importantes : elle a permis une augmentation significative des quantités produites, à une période où les gens avaient faim (après
guerre). La chimie a des contraintes qui ne doivent pas être négligées mais elle peut apporter des solutions, notamment pour le traitement des maladies des plantes.« 


Pour un producteur de Bannost :

 » Aujourd’hui on attend une diminution des quantités de pesticides pour des raisons éthiques et économiques. Mais n’oublions pas que l’agriculture en France, est l’une des meilleures et des plus durables et saines du monde. Ce sont les modes de consommation qui
sont parfois à incriminer : les plats préparés vendus en grande surface, par exemple, comportent des matières premières qui ne sont pas originaires de France. Par ailleurs on demande aux agriculteurs de faire des efforts, alors que la pollution des pays voisins est incontrôlée. La concurrence des pays étrangers face au marché français est déséquilibrée : les accords passés avec les pays exportateurs européens ou non, impliquent trop peu de contrôles des méthodes de production et de qualité.« 

 L’absence d’interlocuteurs représentant l’industrie agro-alimentaire, est regrettable dans cette rencontre. Ils ont en effet un rôle majeur. Les additifs et colorants, sont soumis au secret professionnel, les règles ne sont pas les mêmes que celles qui s’appliquent aux agriculteurs.

En ce qui concerne le glyphosate par lui-même, souvenons-nous que l’agriculture n’est pas seule à en faire l’usage :

 » il est utilisé par les particuliers comme désherbant des allées (interdit depuis janvier 2019 pour les particuliers NDLR), sur les voies imperméables et les voies ferrées, ce qui implique un ruissellement sur les terrains autour. Il est aussi pulvérisé à l’étranger sur les plantes OGM (résistantes), pour supprimer les plantes indésirables autour. Il y a en France  un gros problème concernant l’importation de soja, au taux très élevé en glyphosate, et qui finit par être consommé d’une manière ou d’une autre, puisqu’il est utilisé, notamment, par les éleveurs pour nourrir le bétail.« 

Une exploitante de Bazoches-les-Bray, énonce une anecdote significative de l’évolution de l’agriculture dans notre pays :

« Dans la majorité des fermes on trouvait autrefois de l’élevage. Puis il a
été décidé qu’il serait moins coûteux d’importer des moutons de Nouvelle-Zélande et le reste a suivi. » 

Un agriculteur en conversion bio à Gurcy-le-Châtel, témoigne :

« Pour moi le bio a été une vocation tardive. Elle est survenue suite à trois mauvaises années en conventionnel, d’où la nécessité de rechercher un moyen de m’assurer un revenu stable. Le seul modèle de production qui apporte une
plus-value aujourd’hui, c’est l’agriculture bio.« 

Pour lui il s’agit avant tout d’un moyen de production et d’un
challenge : son apprentissage de la production à l’école était basé sur l’utilisation de la chimie, il repart de zéro à présent.

Une agricultrice à Villiers-St-Georges apporte la réflexion suivante :

« La chimie en production agricole, a été jusqu’ici synonyme de progrès. Le principe du passage au bio, pour un professionnel, s’apparente à celui qui serait d’accepter de se soigner sans médicaments. C’est pourquoi il est
important de raisonner par étapes progressives, pour réaliser une évolution efficace et durable.« 

Un exploitant qui pratique l’agriculture de conservation à Hermé, nous présente à titre d’illustration, trois seaux de terre :

L’un prélevé sur ses propres terres, le second sur des terres cultivées selon le
modèle de l’agriculture biologique et le troisième, sur des terres cultivées de façon conventionnelle.
Sur le premier les racines sont profondes, la faune très fournie, et la terre forme une motte, alors que les deux autres montrent une terre friable aux racines courtes.

Il explique ainsi que le but de l’agriculture de conservation, est de restaurer la richesse des sols et de la faune, comme savent le faire les vers de terre. Leur rôle est très important comme celui des araignées, ou des champignons. La matière
organique du sol doit également être préservée, car elle favorise la prolifération des divers organismes. Ils permettent aussi de stopper l’érosion des sols et de les rendre perméables (ce qui limite les problèmes d’inondation). Il s’agit de travailler le sol le moins possible, pour qu’il soit entretenu de façon naturelle par les racines et les vers de terre. Peu de pesticides sont utilisés mais la
chimie a encore un rôle à remplir, car le changement de modèle est progressif.

Un agriculteur biologique qui travaille avec des AMAP depuis 2007, rencontre directement les consommateurs avec lesquels il échange sur sa manière de travaille. Sa vocation lui vient de la ferme familiale : son père est céréalier conventionnel. Depuis le début des années 80, celui-ci a fait le choix de la création d’une CUMA (coopérative d’utilisation de matériel agricole), afin de partager le matériel et les pratiques entre agriculteurs. C’était une époque où faire le choix de ne pas labourer, pouvait être mal perçu par la profession, comme aujourd’hui le fait de faire du bio.

Florian fait le constat suivant :

« A l’époque où mon grand-père était en activité, les journées de l’agriculteur étaient moins remplies qu’elles ne le sont de nos jours : le gain de productivité impose de longues heures en tracteur, qui n’avaient pas lieu d’être autrefois.« 

Il note également la réalité des maladies professionnelles, dues à
l’exposition des paysans aux pesticides. Ce qui rassemble les paysans est beaucoup plus fort que ce qui les oppose.

Un troisième agriculteur bio, évoque la nécessité de créer du lien entre paysans. La ferme de son enfance, avec son nouveau mode de production, basé sur la diversification, permet à trois associé·e·s et une employée à plein temps, de vivre correctement. Ce modèle économique est intéressant et mériterait d’être davantage débattu.

Questions posées aux agriculteurs ou réactions :

Comment se débarrasser du datura sans produits chimiques ?
« Il s’agit d’une plante ornementale du Sud Ouest très toxique, qui s’est répandue dans les sols et prolifère. Pour un agriculteur bio elle est caractéristique d’un sol pollué. Il y a peu de datura dans un
sol travaillé selon des méthodes biologiques notamment. Il s’agit là d’une question de modèle. »

Nous sommes tous très proches du monde paysan, par le biais des générations précédentes. Il y a des sujets qui nous rassemblent : que fait-on manger à nos enfants ? Les débats des réunions précédentes, ont mis en évidence une envie commune de créer des cantines bio. Nous sommes tous concernés par le travail de la terre, il faut élargir la prise de conscience.

Un exploitant de Mousseaux-lesBray répond :

« Une cantine locale ne peut pas faire vivre des agriculteurs. Elle nécessiterait environ 2 ha de terres, quelques vaches… « 

Pour lui ce n’est pas un modèle généralisable. Il cite le cas de Paris : « Là où il n’y a pas de production, il y aura toujours des besoins de lieux de regroupement. Par ailleurs la vente directe, imposant de prendre son véhicule pour se fournir à plusieurs endroits (viande, légumes, etc…) pose la question de l’impact écologique.« 

Un membre du collectif des coquelicots, rappelle alors qu’historiquement, des produits locaux reconnus, étaient aux portes de Paris. Il serait peut-être nécessaire de transformer l’utilisation des terres, pour permettre plus de maraîchage, par exemple. Changer de modèle permettrait de rendre la production locale, accessible à tous.
Les choix faits par notre société, constituent une question politique. Tant qu’il n’existera pas de protection des frontières européennes, il y aura une nécessité de protéger la production française.
La responsabilité de chacun est évidente : Faire le choix de ne pas acheter de produits hors saison, ou de consommer des produits français. Ce pouvoir est entre les mains du consommateur. 

Le rôle du collectif des coquelicots est d’aider les agriculteurs : comment faire ?

« Il est important de favoriser les achats directs auprès des producteurs, et non de favoriser les regroupements ou intermédiaires. Il faut également s’attacher à la traçabilité, et ne pas se laisser berner par les emballages de grande distribution.
Les paysan·ne·s présent·e·s sont passionné·e·s mais il est très difficile, à notre époque, de convaincre les consommateurs·trices. Autrefois la part de l’alimentation dans le budget, était de 50% alors qu’elle est de 10% de nos jours. Il est également dommage de constater que les agriculteurs sont
dépendants des subventions : leur activité ne leur suffit pas pour vivre. Pour beaucoup d’entre eux, l’agriculture biologique comporte trop de risques pour pouvoir se lancer, à commencer par les aléas climatiques.
L’activité agricole a perdu depuis 1990, une grande partie de sa valeur. La promotion de l’alimentation pas chère, au détriment de la qualité, ne permet pas à l’agriculture de se développer.« 

Conclusion
Le timing est court et le débat extrêmement riche.
L’échange de ce soir a mis en évidence une remise en question du système libéral, et non du secteur agricole lui-même. Les agriculteurs·trices sont pris·es dans un étau. Depuis une dizaine d’années, l’hyper-individualité est à l’origine d’un cercle vicieux.
L’agriculture biologique est, quant à elle, un mode de production rentable qui vit un tournant. Le label bio a vu le jour, pour qu’elle soit intelligible. Il s’agit avant tout d’un mode de consommation :
il appartient donc à chacun de s’en tenir à ses principes, pour qu’il se généralise.
Au niveau de chaque région, il existe des projets alimentaires territoriaux (PAT). C’est autour de ce projet qu’il faut commencer par se mobiliser. Les décisions se prennent au niveau politique, c’est donc par ce biais qu’il faut agir, pour espérer un changement. Le fait que le Ministère de l’Agriculture,
soit depuis peu, également Ministère de l’Alimentation, est malheureusement révélateur que l’industrie agroalimentaire et la production à bas coût, sont privilégiées au niveau national. Notre premier interlocuteur pourrait être la Direction Régionale Interdépartementale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRIAAF).
Le changement est difficile pour tous mais il est nécessaire. Notre marge de manœuvre, au niveau individuel, est minime dans un système comme le nôtre, y compris pour les agriculteurs, alors qu’on a souvent l’idée inverse. Les seuls leviers dont nous disposons, sont bien ceux de la politique et de notre assiette.

L’objectif premier du rassemblement des coquelicots de Donnemarie-Dontilly, le bio et le local dans les cantines, est toujours en ligne de mire mais le collectif, est à présent convaincu du rôle incontournable des élu·e·s (qui sont peu nombreux ce soir).

Un producteur illustre cette conclusion en citant son cas :

« Je n’ai pas le droit de vendre mon blé en direct. Je suis tenu de passer par une coopérative. »

Or sa production sans pesticides et sans fongicides, présente une réelle plus-value qu’il ne peut pas assumer. Il réclame plus d’indépendance.
La question de la transparence est également au cœur du débat : le consommateur doit exiger une traçabilité de la production et de la transformation.
En somme, chacun·e est acteur·trice (consommateur·trice, producteur·trice) et a sa part de responsabilité dans le système. Si les personnes présentes en sont manifestement convaincues, il nous appartient désormais de communiquer largement, sur le fait que les producteurs ne sont pas les ennemis. Il est primordial dans ce combat, de ne pas se confronter et s’affronter, de ne pas opposer les systèmes.

Thématiques dégagées:

Quelle perception avons-nous des agriculteurs ?
L’agriculture de conservation* et les sols vivants
Céréaliers, éleveurs, maraîchers, quelle complémentarité ?
Nourrir les populations sans chimie et sans intermédiaires ?
Consommateurs/producteurs : des combats communs
Crise des agriculteurs : de moins en moins nombreux
L’agroalimentaire en question
Conversion : quel soutien de la chambre d’agriculture ?
AMAP : être en lien avec les consommateurs

Ces thèmes et bien d’autres encore, pourraient faire l’objet de d’échanges futurs, aussi riches que ceux de ce soir.

Le collectif des coquelicots tient à remercier tous les participant·e·s qui ont contribué à la grande qualité de ces échanges.

*L’agriculture de conservation (ACS) redonne au sol le premier rôle dans la production végétale. Le sol est considéré non pas comme un support de culture, mais comme un milieu vivant. Le protéger, améliore son fonctionnement, restaure ou augmente sa fertilité. L’activité biologique, remplace alors le travail mécanique, considéré comme perturbateur de la structure et de son équilibre. L’agriculture de conservation va plus loin que les TCS, techniques culturales simplifiées. Elle repose sur 3 axes majeurs : abandon du travail du sol, couverture permanente du sol, rotation longue. Concrètement,
c’est le semis direct sous couverture végétale (Sdsc) qui peut augmenter les effets positifs de cette technique.
(source : terre-net.fr)

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77520 Donnemarie-Dontilly

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